Micheline s’épile - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Micheline s’épile

Micheline s'épile
Marie David 7 août 2022
Partager
l'article sur


Micheline entretient avec son système pileux un rapport ambigu.

Depuis près de 15 ans, toutes les 3 semaines environ, elle se rend chez son esthéticienne se faire arracher les poils. Depuis tout ce temps, ceux-ci n’ont toujours pas compris le message, et, avec acharnement, ils repoussent. Quelque part, Micheline admire une telle ténacité, ça fait belle lurette qu’elle aurait lâché l’affaire, elle, et elle ne s’acharnerait pas à repousser avec tant d’ardeur, si elle était un poil. Alors parfois, à la faveur de l’hiver ou d’un déplacement professionnel de son Fabuleux Jean-Claude, elle fait jachère. 

Elle regarde pousser ses courageux petits poils, les imagine ivres de joie et de fierté de dépasser une certaine longueur.

Mais elle s’arrête avant d’arriver à faire des tresses sous ses aisselles, tout de même. 

Or un jour, le merveilleux Jean-Claude, qui était parti pour 2 mois, décida de rentrer avec une semaine d’avance et de prévenir le matin même. « Chérie de mon cœur, surprise, je monte dans l’avion, ce soir tu es dans mes bras ». Le cœur de Micheline fait un bond. Elle est heureuse, bien sûr (en 12 ans de mariage elle s’est attachée à son Jean-Claude, et c’est long 2 mois d’absence quand on s’aime), mais aussi un peu inquiète, parce qu’elle aimerait bien que son mari retrouve une femme sublime, pas une chèvre angora épuisée. 

Malgré tous ses efforts, impossible d’obtenir un rendez-vous d’esthéticienne dans la journée.

Alors tant pis, Micheline fonce au supermarché chercher des armes pour éradiquer sa pilosité luxuriante. Elle revient, confiante, avec des bandes de cire pour toutes les parties du corps et de quoi préparer un bon dîner. Faudra pas se mélanger les pinceaux. Elle récupère les enfants à l’école. Goûter, devoirs, arbitrage de dispute, rangement des chambres, bain, dîner, histoire, rangement des chambres encore, câlin, rangement de la cuisine, re-câlin, rangement du salon, dernier câlin et après je me fâche il faut dormir maintenant, douche, NON PAS DE CÂLIN, DODO MAINTENANT ! 

Donc après sa douche, pendant que son masque capillaire communique à ses cheveux force, tonus, et soyeusité, Micheline s’attaque au reste de son système pileux. Elle commence par les jambes.

La boîte promet “28 jours de jambes douces” c’est merveilleux, c’est rose, ça sent bon, elle est sereine.

Elle chauffe la bande de cire, elle applique, elle laisse poser. Bon, plus qu’à tirer. Vas-y Micheline, tu peux le faire. Elle tire. Et ne pleure même pas. C’est une guerrière. En revanche, après avoir renouvelé l’opération plusieurs fois, elle fait moins la maligne, Micheline. Ses jambes sont douces, oui, mais gonflées, énormes, et marbrées de rouge, jaune et blanc. Ce ne sont plus des jambes, ce sont les colonnes de marbre d’une église toscane. Heureusement, Jean-Claude aime l’Italie.

Les sourcils maintenant.

Micheline avance vite, il faut qu’elle trouve aussi le temps de se faire les ongles. Mais à chaque fois qu’elle tire sur un poil, elle éternue. Micheline finit par se demander si ses sourcils ne sont pas implantés directement dans ses sinus. Évidemment à force d’éternuer, elle se rate et s’arrache un bout de l’arcade, ou peu s’en faut. Elle ressemble maintenant un peu à Pascal Obispo, avec des cheveux (plantés sur une colonnade italienne, toujours). Heureusement, Jean-Claude aime la musique.

Pendant ce temps, les cheveux de Micheline ont bien profité du masque à l’argile. Ils n’ont jamais été aussi doux, c’est vrai, mais rarement aussi gras. Micheline, rince, sèche, désespère et finit par les attacher bien serrés. Heureusement, Jean-Claude aime les chignons.

Restent les aisselles.

Admirable, Micheline ne se laisse pas démonter, au point où elle en est, ça ne peut pas être pire. (Dans les films, quand le héros dit que ça ne peut pas être pire, ça déclenche souvent de grandes catastrophes, elle aurait dû se méfier.) Donc elle prend une grande inspiration, lève un bras, applique la bande, expire à fond et tire. Fichtre. Elle a tiré trop fort, elle peut jurer avoir senti un bout de son âme partir avec la bandelette. Dans le miroir, Pascal Obispo la fixe d’un œil hagard et larmoyant. Courage, Pascal, plus que 3 bandes et on est bon. On n’est pas loin de la débandade, mais on peut le faire. 

15 minutes de torture plus tard, Micheline éternue encore et le doute s’installe :

est-ce que ses aisselles aussi sont reliées à ses sinus ? Est-elle normalement constituée ? Ses jambes ont dégonflé, mais dans le miroir, Pascal, au bout de sa vie, a les bras en l’air. Il ne peut pas baisser les bras, parce qu’il reste de la cire. Il risque de finir les aisselles collées. Alors ils sont là, son reflet et elle, à se regarder en chien de faïence, les bras levés, comme un cormoran qui se sèche les ailes. Micheline a une pensée émue pour l’albatros de Baudelaire, dont les ailes trop grandes l’empêchent de marcher, et c’est beau, mais ça ne l’aide pas beaucoup. Est-ce que ça vient de là, l’expression “il ne faut jamais baisser les bras” ? Est-ce le conseil sage et avisé de la première femme épilée qui a traversé les âges pour arriver jusqu’à elle ? Elle déraisonne, Micheline, elle n’arrive plus à penser clairement. À l’image de Samson qui a perdu sa force quand Dalila lui a coupé les cheveux, son cerveau s’est éteint quand elle a attaqué sa pilosité.

Alors elle pleure. Il est 22h et elle pleure dans sa salle de bain, parce qu’elle est défigurée, ridicule et que ça fait mal aux bras de les garder en l’air si longtemps. Elle pense à nouveau que ça ne peut pas être pire, et elle se trompe à nouveau, parce que dans le miroir, derrière Obispo, il y a Jean-Claude qui lui demande ce qu’elle fabrique. Micheline répond qu’elle fait le cormoran, ou l’albatros, comme il veut. 

Heureusement, Jean-Claude aime la mer et la poésie. Et sa femme. C’est ce qu’il lui a dit, après « Je t’aime, pour ce que tu es, j’aime les efforts que tu fais pour moi, et je t’aime, quel que soit l’état dans lequel tu te trouves quand je rentre ».

Ça valait le coup de se donner tout ce mal, tiens.



Partager
l'article sur


CHÈRE FABULEUSE
La mail des Fabuleuses
Les aléas de ta vie de maman te font parfois oublier la Fabuleuse qui est en toi ? Inscris-toi ici pour recevoir chaque semaine le meilleur du blog des Fabuleuses ! Une piqûre de rappel pour ne pas oublier de prendre soin de toi, respirer un grand coup et te souvenir de ton cœur qui bat. C’est entièrement gratuit et tu peux te désabonner à tout moment.


Cet article a été écrit par :
Marie David

Après des études d’histoire Marie est devenue femme au foyer, elle habite en Corse avec son Fabuleux et leurs 4 enfants. Un jour, quand les planètes seront alignées, elle reprendra un poste d’enseignante. En attendant elle profite de son quotidien pour inventer des aventures à Micheline Muche.

> Plus d'articles du même auteur
Les articles
similaires
souvenirs vacances
5 souvenirs (honteux) de vacances
Chère Fabuleuse,  Qu’elles se soient déroulées chez toi ou ailleurs, tu rapportes de tes vacances quelques souvenirs qui vont t’aider[...]
avec ou sans poils épilation
Avec ou sans poils ?
Minuscule, le poil n’est, pour certaines femmes, qu’un détail corporel presque modeste, s’étalant de façon clairsemée sur leurs gambettes. Pour[...]
La parabole du gras de saucisson
Tu la connais, chère Fabuleuse, cette sensation exaspérante de garder entre deux molaires un petit bout de gras de saucisson[...]
Conception et réalisation : Progressif Media