Micheline en voiture - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Micheline en voiture

Micheline voiture
Marie David 11 août 2022
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Chère Fabuleuse,

Micheline est normale, ou presque, elle est comme toi, et moi. Et elle aussi un peu comme les oiseaux migrateurs. Quand arrivent les beaux jours, elle commence à s’agiter, elle fait des plans, des listes, des projets, elle fait des réserves et des valises, et puis, suivant un signal qui résonne en elle comme un puissant instinct (signal donné par la dernière sonnerie de sortie d’école), elle s’envole. Enfin elle aimerait bien voler, portée par le vent, ou un tapis volant. Mais il faudrait un gros courant d’air, ou un tapis géant pour transporter sa tribu et sa tonne de valise.

Alors à la place elle remplit sa voiture familiale et roule ma poule.

(Expression qui prend ici tout son sens, puisque les poules ne volent pas)

La veille du départ donc, Micheline charge ses valises, au début, elle suit un plan précis, elle a fait des listes, elle sait ce qu’elle doit emporter. Et puis… ça dérape, les enfants rajoutent des jeux, des livres, des vêtements, et Micheline perd le contrôle d’elle-même, elle finit par entasser dans la voiture absolument tout ce qui lui tombe sous la main, suivant le précepte du “O-KA-OU”. Micheline sait bien qu’elle n’aura besoin que du quart de ce qu’elle emporte, mais elle sait aussi, d’expérience, que si elle laisse un truc, ça va lui manquer. Alors elle enfourne des manteaux dans des sacs, au cas où l’ère glaciaire débarque sans prévenir, des paires de chaussures supplémentaires au cas où de nouveaux pieds poussent à ses enfants, une trousse à pharmacie complète au cas où il faille faire des amputations à vif… (Est-ce que je prends aussi la scie à métaux, du coup ?)

Quand la voiture est suffisamment pleine, Micheline va se coucher.

Elle reste allongée dans le noir, envisageant les meilleures réactions aux scénarios catastrophe que sa boule d’angoisse lui concocte. Et si la voiture prend feu ? Si elle tombe dans l’eau ? Si j’oublie un enfant dans une station-service ? Si la foudre tombe sur nous ? Si je me trompe et que je prends l’autoroute à contre sens ? Si je suis enlevée par des extraterrestres ?

Le lendemain, Micheline n’est pas très reposée, mais elle est prête à faire face à n’importe quelle catastrophe.

Jean-Claude a des vacances en décalé et elle part donc seule. Enfin seule avec ses trois enfants… 

Kilomètre 10 :

Gudule veut faire pipi, oui, elle a été aux toilettes avant de partir, mais avant elle n’avait pas envie, mais maintenant oui, mais allez maman, steuplé. Micheline se montre d’autant plus ferme qu’elle a enfilé une couche à sa fille (O-ka-ou !).

Kilomètre 30 :

On enchaîne un deuxième disque de chansons de dessin animés, Dagobert n’a demandé que trois fois si on était bien arrivés, tout va bien.

Kilomètre 100 :

Frédégonde en a marre des chansons de bébés, elle veut écouter Bande organisée comme ses copines. Mais Micheline n’est pas sûre d’avoir envie d’entendre ses enfants chanter « nique ta mère sur la canebière », alors elle met La kiffance, c’est bien c’est joyeux. Maintenant il faut expliquer ce que ça veut dire « faire un petit pétou sur le mont Fujiama »… c’est un prout, voilà, le monsieur veut aller faire un prout sur une montagne japonaise. Les enfants sont hilares, Micheline consternée. 

Kilomètre 200 :

Pause déjeuner. Évidemment, à midi Micheline n’est pas la seule à avoir cette idée, la station-service est bondée, « on va rouler encore un peu les enfants, on s’arrête à la prochaine ».

Kilomètre 212 :

Bouchons. Bon. Ce n’était pas une bonne idée, elle aurait dû écouter la radio ou son GPS. On va faire un jeu, devinez à qui je pense. Dagobert ne pense qu’à manger, Gudule fait deviner Papa trois fois de suite, Frédégonde lui hurle dessus parce que c’est nul, sa sœur est nulle, le jeu est nul, le voyage est nul, sa vie est nulle. Micheline se demande ce qui va être le plus long : le voyage ou l’adolescence ? La voiture est maintenant à l’arrêt complet : « il faut éteindre le moteur maman, dit Dagobert, sinon on va tuer les ours polaires ». C’est bien l’écologie à l’école, mais il fait vraiment très chaud dans une voiture au soleil en plein été quand on éteint le moteur. On rallume le moteur, tant pis pour les ours, il faut survivre. Micheline ouvre le sac de secours (prévu O-ka-ou !) et sort des chips, du coca presque frais, et des bonbons, et paf ! Un déjeuner équilibré, bravo Micheline !

Kilomètre 215 :

Une heure plus tard, malgré la clim, l’ambiance commence à s’échauffer sérieusement, et toutes les vessies sont pleines. Bon, il n’y a vraiment rien qui bouge devant, hop, on sort de la voiture, on fonce vers la bande d’arrêt d’urgence et on fait pipi vite fait. Évidemment, on entend les voitures qui se remettent en route pendant ce temps. Oh mon Dieu pense Micheline, elle n’avait pas prévu ce scénario-là : sa voiture au milieu d’un flux de camions lancés à toute allure sur l’autoroute et elle seule sur le bord avec ses enfants, incapable de rejoindre son véhicule. Heureusement, ça n’arrive pas, un gentil monsieur vient l’aider à se dépêcher, et personne ne klaxonne derrière, tout le monde remonte et on repart. « Vous êtes complètement inconsciente Madame », lui dit quand même le monsieur, gendarme de son état. Et il a raison. Micheline pleure, mais pas beaucoup. 

Kilomètre 250 :

Remise de ses frayeurs Micheline s’offre un café géant et presque buvable à la station suivante, pendant que ses enfants se défoulent sur l’aire de jeu. Micheline avise une jeune maman avec deux enfants en bas âge qui semble perdue. Elle propose son aide et la dame fond en larmes : « Je ne sais pas comment faire pour aller aux toilettes, je n’ose pas les laisser dans la voiture mais avec le porte bébé c’est compliqué ! ». Oui, c’est compliqué, Micheline se souvient très bien du jour où elle était seule avec Frédégonde toute petite, Dagobert en écharpe, et elle s’était enfermée aux toilettes avec les deux. Frédégonde avait ouvert la porte et s’était échappée pendant que Micheline, assise sur la cuvette, hurlait à la mort, en essayant de se rhabiller à toute vitesse pour lui courir après… Dagobert en avait vomi partout, même dans les cheveux de sa mère. Il y a des trajets comme ça… Donc Micheline garde les enfants de sa nouvelle copine, elles papotent un peu des aléas de la maternité, elle perd 40 minutes de plus, mais tout le monde reprend la route reposé. 

Kilomètre 367 :

Les enfants dorment, Micheline se détend, ce n’est pas si compliqué, elle écoute Céline Dion à fond et ça ne réveille personne, la vie est belle. Sauf que bon, la voix de Céline a couvert celle du GPS, Micheline a loupé la sortie. Pas grave, les enfants dorment encore, c’est juste un détour de 45 kilomètres. 

Kilomètre 412 :

Hop on prend la bonne sortie, plus que deux heures de route, les enfants se réveillent. « Mais maman, si on a dormi une heure, pourquoi il reste encore 2 heures de route ? »

Kilomètre 450 :

On anticipe la joie des retrouvailles avec la famille, non le bébé de Radegonde n’est pas encore né, ça va être rigolo de la voir avec son gros ventre.

« Comment il est entré dans le ventre le bébé ?, demande Gudule (Micheline fait semblant de dormir, mais comme elle est au volant, ce n’est pas très crédible)
– C’est le papa qui met sa graine dans la bouche de la maman, elle avale, et hop ça fait un bébé, explique Dagobert.
– Alors, non, pas tout à fait, la graine ne rentre pas par la bouche, commence Micheline qui réprime un fou rire.
– Mais NAAN, t’es fou, s’exclame Frédégonde, le papa et la maman s’allongent et se font un câlin très fort, et la graine de papa entre dans le ventre de la maman par le bas, en traversant les vêtements. »

Hum, c’est pas ça non plus, où sont les livres qui expliquent comment on fait les bébés quand on en a besoin ?

Kilomètre 500 :

On continue les questions existentielles « Pourquoi je suis Moi ? Et pas une méduse, par exemple, ou un éléphant, ou un coléoptère ? », « Qui décide si on naît pauvre ou riche ? », « Comment font les oiseaux pour construire des nids ronds s’ils n’ont pas de mains ? », « Quel bruit fait la girafe ? Et le renard ? Et l’huître ? ». Micheline a le cerveau en compote. Elle balance les gâteaux achetés à la dernière pause, en fermant les yeux sur les miettes qui se mélangent à celles des chips, et vont finir par se glisser sous les vêtements et gratter tout le monde. 

Kilomètre 580 :

Plus que 40 minutes de route, les yeux de Micheline se ferment un peu, beaucoup, passionnément. Les enfants râlent mais on fait une dernière pause ; au moment de remonter, panique à bord, Gudule a disparu. Micheline hisse Dagobert sur le toit de la voiture pour qu’il voie sa sœur de loin : rien. Elle fonce aux toilettes, à l’aire de jeu, demande à l’hôtesse de caisse, toujours rien. C’est sûr, elle a été kidnappée. Micheline ne réfléchit plus, la boule d’angoisse est montée directement dans sa tête, ses neurones sont hors d’état d’usage. Elle sanglote en hurlant le nom de sa fille quand un projectile l’atteint au plexus. Gudule s’est jetée dans ses bras, sanglotant elle aussi. Une gentille dame vient de la raccompagner, elle était montée dans une voiture identique à la sienne et la famille a été assez surprise de se retrouver avec un enfant de plus. Tout rentre dans l’ordre et Micheline se promet de peindre sa voiture en rose et vert pour que ça n’arrive plus jamais. 

Kilomètre 650 :

Micheline est arrivée, elle a éteint le contact et s’est endormie pour une micro sieste de trente secondes. Sa sœur Radegonde est arrivée en même temps, et ses enfants sortent de la voiture, propres, coiffés et souriants. Micheline regarde sa progéniture qui s’extirpe de leur carrosse jonché de détritus, ils sont hirsutes et maussades, les cheveux pleins de miettes de chips et le visage maculé de chocolat. La mère de Micheline est horrifiée :  « Mais ma pauvre Micheline, comment fais-tu pour te mettre dans un état pareil ? ». Ce que voudrait surtout savoir Micheline, c’est POURQUOI sa sœur n’est pas dans le même état, et celle-ci lui confie son secret : trois kilomètres avant l’arrivée, elle s’arrête, débarbouille les enfants, les recoiffe et vide la voiture de tous les paquets qui traînent. La fouine.

Micheline n’est peut-être pas présentable, mais elle est soulagée d’avoir terminé ce trajet et de pouvoir poser ses (nombreuses) valises pour profiter de sa famille pendant 10 jours. Avant de repartir pour une nouvelle migration….



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Cet article a été écrit par :
Marie David

Après des études d’histoire Marie est devenue femme au foyer, elle habite en Corse avec son Fabuleux et leurs 4 enfants. Un jour, quand les planètes seront alignées, elle reprendra un poste d’enseignante. En attendant elle profite de son quotidien pour inventer des aventures à Micheline Muche.

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