Les poussettes - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Les poussettes

Irène Dautrey 22 août 2021
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Récemment, deux de mes belles-sœurs, enceintes de leur premier bébé, nous ont envoyé sur le groupe de messagerie familial la photo de leurs poussettes toutes neuves, prêtes à recevoir leur précieux chargement dans quelques semaines.

Deux poussettes pimpantes, rutilantes, lustrées,

à l’acier parfaitement lisse et dans lequel on peut voir son reflet, magnifiquement designées, toutes options, aux roues si propres qu’on pourrait les lécher. Avec un panier bien solide, une capote bien ajustée, pas un ressort qui déraille, pas un couinement quand on les plie. 

Bref. Des poussettes neuves et de bonne qualité.

En recevant ces photos, j’ai souri en pensant à notre propre poussette, qui a déjà transporté vaillamment quatre enfants et n’en est pas sortie indemne. J’ai souri en repensant à l’achat de ce précieux objet, qui nous avait d’un coup propulsés dans le monde mystérieux et fantasmé des parents, quelques mois avant la naissance de notre aîné.

Je nous revois, arpentant d’un air anxieux les magasins de puériculture, comparant les marques et les modèles, interrogeant les vendeurs avec suspicion, nous demandant si le pack nacelle/cosy/hamac était indispensable, nous inquiétant du prix, guettant les promos, puis nous décidant enfin pour ce superbe engin qui bientôt transporterait notre petit bijou.

Aujourd’hui notre si belle poussette est devenue une épave.

Et pourtant nous continuons de nous en servir, avec un mélange de tendresse – pour tous les souvenirs qu’elle représente – et d’agacement – quand à l’heure de partir elle résiste à toute velléité de dépliage. 

La liste des reproches que nous pourrions faire à notre poussette est d’ailleurs longue : 

  • Tout d’abord elle s’est affaissée, si bien que notre fille de sept mois est légèrement penchée sur la droite lorsqu’elle y est assise. 
  • Les aciers et les plastiques sont couverts d’éraillures, d’impacts et de traces noirâtres de WD40. 
  • Il faut savoir s’y prendre pour la déplier car les jantes ont pris du jeu. On doit à la fois tirer sur le guidon de toutes ses forces et pousser le châssis à grand coups de pied – les jurons ne sont pas en option, si on reste calme elle refuse de coopérer – puis la secouer violemment de haut en bas en cognant les roues au sol le plus fort possible. Cette manœuvre spectaculaire et bruyante permet seulement de la décoincer. Il y a ensuite toute une technique mise au point par mon mari pour la déplier entièrement. 
  • Notre brave poussette manque de s’écrouler à chaque nid de poule (dans lequel les roues se bloquent immanquablement, projetant notre fille heureusement bien arrimée vers l’avant) et menace de se renverser à chaque descente de trottoir. 
  • Il arrive régulièrement qu’elle se déclipse complètement et ne tienne plus debout que grâce au siège.  
  • Lors des balades en forêt le mécanisme des roues se remplit de terre et se bloque au bout de quelques mètres. Il faut donc trouver une brindille du bon diamètre et le récurer, afin de pouvoir parcourir les vingt mètres suivants. 
  • Le tissu du cosy a été grignoté par des souris et a moisi par endroits lors de son dernier séjour prolongé dans notre garage. 
  • Les pressions de la capote sont arrachées, elle ne tient donc plus en place. Soit elle s’affaisse sur la tête de notre fille, soit elle s’envole en arrière au moindre courant d’air. 
  • Le panier est lui aussi arraché d’un côté, il traîne à moitié par terre et l’on ne peut plus rien y entreposer sans risquer de perdre une partie du chargement. 

Notre poussette est cabossée, tordue, pliée, fendue, dézinguée, presque foutue. 

  • Elle a pris l’avion et le bateau, a roulé dans la neige et sur le sable, a gravi des chemins rocailleux et des sentiers boueux.
  • Elle ne s’est presque jamais arrêtée de rouler pendant sept années dans les rues, parcs, zoos, forêts et champs. 
  • Elle a dévalé les chemins à vive allure quand je me suis essayée à la gym poussette (épisode glorieux et de courte durée). 
  • Elle a roulé dans les flaques, les cailloux et les crottes de chien, elle a connu la ville et la campagne, la mer et la montagne. 

Mais surtout, elle a porté un, deux, trois, quatre enfants, parfois deux à la fois.

Elle a été le premier cocon de nos bébés lors de leur sortie de la maternité et pour leur première promenade, lors de ces moments si forts de notre vie de parents. 

Notre poussette, c’est l’un des symboles de notre vie de famille,

presque une antiquité, un témoignage vivant des jeunes années de nos enfants et de leurs crapahutages à nos côtés. 

Un jour, il faudra s’en séparer. Et ce ne sera pas sans un pincement au cœur en repensant aux beaux moments qu’elle aura partagé avec nous.

Alors, quand mes belles sœurs m’envoient la photo de leur belle poussette neuve, je pense à tout ce que cet objet symbolique représente aujourd’hui pour elles, et surtout à ce qu’il sera devenu à leurs yeux dans quelques années : un berceau roulant pour leurs bébés, un précieux allié pour tous leurs déplacements, un caddie pour leurs courses, presque un lieu de vie, une deuxième maison, un membre de la famille.

Leur poussette est belle.

Mais elle sera bien plus belle et précieuse à leurs yeux quand elle aura porté leurs enfants et partagé leur vie, malgré son usure. 

Finalement, notre poussette est comme notre corps de femme : les maternités l’abîment, mais la subliment !



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Cet article a été écrit par :
Irène Dautrey

Mariée depuis 2013, je suis maman de trois garçons et d'une fille nés
entre 2014 et 2020. J’ai suivi avec passion un parcours littéraire et suis professeur d’histoire. Ayant commencé ma vie de maman à 21 ans, je me suis très tôt intéressée à la question du féminin et de la maternité, ce qui me conduit  à écouter et conseiller de nombreuses amies qui deviennent mamans à leur tour.

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