Ses pattes sont aussi poilues que toutes les pires bestioles du Fort Boyard. Elle te fixe avec ses yeux globuleux et surdimensionnés. Elle te poursuit même la nuit, et tu sais très bien qu’il n’existe que deux issues : soit tu l’avales toute crue, soit c’est elle qui finira par te bouffer.
Quelle conversation courageuse repousses-tu depuis trop longtemps ?
Récemment, j’ai tenté de déterminer dans mon journal quelle habitude concrète m’avait fait le plus progresser ces derniers temps. Bingo : le fait d’affronter des conversations inconfortables mais nécessaires est arrivé sur la première marche du podium.
Que l’on s’entende bien : oser une conversation courageuse, ce n’est pas mettre son mari, sa collègue ou sa mère au pied du mur, afin de lui cracher au visage toute l’amertume emmagasinée depuis des années.
Oser une conversation courageuse, c’est plutôt :
- s’autoriser à éprouver le malaise que l’on ressent dans une relation,
- faire le premier pas de proposer un rendez-vous au calme (“Viens, on parle”),
- affronter les symptômes physiques et psychiques du stress qui monte quand l’heure approche,
- trouver les mots pour lancer le sujet qui fâche,
- se taper la honte de la voix qui chevrotte ou des larmes qui pleuviottent,
- exprimer ce que l’on ressent sans accuser,
- écouter vraiment, même si ça pique fort,
- résister à la tentation de couper la parole,
- reconnaître nos torts, même si à nos yeux, ils ne représentent même pas 1% du mal qui nous a été causé.
Bien évidemment, tout cela est plus facile à dire qu’à faire.
Tout comme l’homme des cavernes face à un lion menaçant, quand nous nous retrouvons devant une difficulté, notre cerveau active un système de défense, qui nous invite en un quart de secondes à choisir entre 3 options :
- la paralysie,
- la fuite,
- ou le combat.
Si notre problème n’est pas un véritable lion rugissant, mais plutôt une friction relationnelle, c’est là que la bonne grosse conversation courageuse entre en scène. Elle présente l’avantage de nous libérer à la fois :
- de notre apathie,
- de notre lâcheté,
- et de notre agressivité.
Chère Fabuleuse, je ne connais pas ton problème. Je suis simplement là pour te poser la question :
est-ce qu’une bonne grosse conversation vraiment courageuse, avec la bonne personne, aurait le potentiel de desserrer un peu tes chaînes ?
Il y a bien entendu un risque que ça foire, et qu’à la sortie, la boule dans ta gorge prenne de l’ampleur. Eh oui, s’il n’y avait pas une part de risque, on ne pourrait pas parler de conversation “courageuse” !
Mais il y a également une chance que tu sois très agréablement surprise de la réaction de ton conjoint / ton père / ton patron / ton chat / Dieu / _______ (insère ici le prénom de cette personne avec qui tu sais très bien qu’il faut que tu aies une bonne grosse conversation dans la vérité et dans l’amour).
Et même si cette personne réagit mal, toi au moins, tu auras pu dire ce que tu avais à dire. Sa réaction n’est pas ton problème — ton problème, c’est de prendre tes responsabilités.
Oui, ça fait peur. Mais avant que tu jettes l’éponge, laisse-moi te rappeler ce que tu as à gagner :
- la fierté d’avoir affronté ton dragon intérieur,
- la satisfaction de gagner en maturité émotionnelle et relationnelle,
- la légèreté d’avoir pu déposer un fardeau,
- le pardon que tu vas accorder et/ou recevoir,
- l’amour qui va pouvoir couler à nouveau,
- et quelques autres pièces d’or à ramasser joyeusement derrière la grille de ton Fort Boyard.
Chère Fabuleuse, laisse-moi te dire que cette conversation courageuse qui t’attend n’est pas une punition, ni le signe que tu es à côté de la plaque. Les conversations courageuses sont le lot de celles et ceux qui choisissent d’exercer le pouvoir infini de la vulnérabilité. Elles sont de formidables opportunités d’apprendre, de grandir, d’aimer et de te laisser aimer.
Laisse-moi te dire que tu es capable de mener cette conversation, et que tu vas survivre à ce malaise.
Bien que je cherche à être toujours authentique avec toi, je ne tomberai pas dans l’impudeur d’illustrer mes propos en déballant ici la teneur de mes dernières conversations courageuses ; elles nous appartiennent, à mes courageux interlocuteurs et moi.
Je te laisse donc avec l’exemple de mes dernières vidéos
(notamment le SOS du printemps dernier, et plus récemment, le Récap 2025 à cœur ouvert) : ces conversations courageuses, j’ai voulues les avoir avec toi, parce que notre lien compte, parce que la vérité compte, et parce que nous sommes entrées dans l’ère du cœur.
Alors je ne conclurai pas sans te poser à nouveau la question qui dérange : quelle conversation courageuse repousses-tu depuis trop longtemps ?
Pour jeter ton sac par-dessus la barrière, écris-moi un mot : ce sera un joli moyen de t’imposer, dans la douceur, une forme de redevabilité (je te rassure : si tu ne tiens pas ton engagement, je ne risque pas de débarquer chez toi pour t’obliger à faire 10 pompes.)
Si tu avais besoin d’un dernier coup de pied au derrière, le voici, c’est cadeau :
« J’ai appris qu’il ne faut pas diviser le monde en bons et méchants, mais en lâches et courageux. » — Varlam Shalamov
Que ta conversation soit belle.





