J’ai encore pleuré en public - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

J’ai encore pleuré en public

Maria Balmès 27 février 2026
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C’était hier. J’étais avec trois femmes que je connaissais à peine. Il y a eu une petite brèche, une petite place laissée à la vulnérabilité, et la digue a sauté. Le flot de larmes a coulé sans pouvoir s’arrêter. 

J’ai d’abord ressenti une très grande insécurité. Pleurer en public, c’est ne pas savoir comment notre peine va être accueillie. Je préfère largement pleurer en présence d’une personne que je connais bien, dans l’intimité d’une maison. 

Pleurer en public, c’est donc de la vulnérabilité à l’état pur. 

Mais le pire c’était la honte. La honte persistante malgré la gentillesse de ces trois femmes. Pourquoi ai-je la larme aussi facile ? Et pourquoi ai-je eu besoin de pleurer alors qu’en mettant les lunettes roses de la gratitude, je peux aussi trouver ma vie géniale ?

Je te raconte cette expérience récente mais j’ai une foule de souvenirs de ce genre : j’ai pleuré dans des trains, dans des églises, dans la rue, en classe, en camp scout, dans des cars de retour de sorties trop intenses… Je suis de la team « fontaine » depuis toujours ! Si toi aussi tu en fais partie chère Fabuleuse, tu n’es donc pas seule !

Ces larmes publiques n’ont pas toujours été bien accueillies. 

En devenant adolescente, j’ai vite compris que cela ne se faisait pas. Mes amies m’ont partagé certaines phrases de leurs parents qui avaient construit chez elles des digues inviolables : « Allez, on prend sur soi », « Les grands, ça ne pleure pas »…

Mais voilà, je ne sais pas trop pourquoi, mes digues personnelles peuvent craquer. Elles existent, hein. Mais elles craquent par moments. L’inondation est alors incontrôlable. J’interdis donc à qui que ce soit (y compris à moi-même !) de me juger !

Et je m’interroge : pourquoi les effusions de larmes mettent-elles les gens si mal à l’aise ? Les larmes ne font pourtant de mal à personne. 

Elles sont peut-être perçues comme un appel à l’aide auquel on ne peut pas répondre en tant qu’inconnu. Mais toutes les larmes ne sont pas des appels au secours. C’est parfois simplement un trop plein qui sort — et j’ai même envie de dire, qu’en public, c’est le plus souvent de cela qu’il s’agit. Et puis, on peut toujours vérifier : « Est-ce que je peux vous aider ? Est-ce que vous avez besoin de parler ? ». Comme le dit Anne-Dauphine Julliand dans son magnifique ouvrage Consolation, on peut toujours s’approcher de la peine de l’autre et lui signifier par là qu’il n’est pas seul.

Les larmes d’une inconnue dans une rame de métro sont également un brusque rappel qu’il y a des peines en bas monde. 

Pleurer en public, ce serait imposer sa peine aux autres. 

Les autres passagers faisaient peut-être beaucoup d’efforts pour accumuler de la bonne humeur à la sortie du travail avant de retrouver leurs enfants pour le tunnel du soir. Mais tant qu’il y aura des peines, il y aura des larmes, et il faut apprendre à vivre avec. Il faut plutôt apprendre à transformer les peines grâce aux liens authentiques et à l’amour.

Je devine aussi que les gens sont d’autant plus mal à l’aise face à mes larmes qu’ils font eux-mêmes beaucoup d’efforts pour se maîtriser. 

Je les entends penser : « Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se dominer ? ». Ils assistent en effet à une perte de contrôle complète ! Je ne le nierai pas. Et ça fait peur. Même à moi. Mais la vérité c’est que nous vivons tous ces moments de perte de contrôle, parfois à la suite d’un déclencheur pourtant parfaitement anodin. Pour certains, cela passe par les larmes. Pour d’autres, c’est la nourriture, les cris, l’alcool, l’utilisation compulsive du téléphone… 

Or, comme le disait Freud, il est assez désagréable de se rendre compte que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». Nous devons bien souvent composer avec nous-mêmes, avec ces couches de notre personnalité qui ne sont pas aussi malléables que nous le souhaiterions, et qu’il faut donc arroser puis modeler avec patience. Le contrôle total sur soi-même est une illusion. La vie nous apprend plutôt le jardinage intérieur.

Chère Fabuleuse, la maternité t’a peut-être rendue plus sensible. 

Tu découvres peut-être en toi une fontaine que tu ignorais. Dans tous les cas, tu côtoies une petite fontaine adorable au quotidien, dont le pouvoir d’arrosage intempestif est inégalé : ton enfant ! (La fonctionnalité bruyante du modèle enfantin ajoutant un certain charme musical à l’expérience). J’espère donc que ces réflexions sur les larmes t’auront aidée à accepter sans honte les facettes moins glamour de la vie en général, de ta vie de maman en particulier, de la vie de ton enfant aussi et surtout de celle des inconnus qui pleurent dans la rue. Quant à moi, je me dis qu’une partie de moi doit avoir sacrément confiance dans l’humanité et la bienveillance des inconnus pour oser pleurer ainsi… et pour t’en parler après ! Je suis certainement complètement névrosée (et je me soigne) mais cela a aussi du bon. Vive l’authenticité !



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Cet article a été écrit par :
Maria Balmès

Maman d’une petite fille, elle a vécu l'épreuve de la dépression post-partum. Ses textes cherchent à apporter beaucoup de douceur et d'espoir aux mamans dans la tourmente. Elle s'appuie sur son expérience thérapeutique (des psys, elle en a vu), sur des concepts philosophiques (c'est son métier) et sur les judicieuses remarques de son mari (qui ne perd jamais le nord dans les tempêtes).

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