Aujourd’hui, j’étais tellement heureuse d’aller au bureau.
Heureuse et soulagée de retourner au travail après plusieurs jours de congés à la maison avec mes trois enfants.
Je suis employée dans un service de crise psychiatrique, qui est lui-même en pleine crise institutionnelle depuis plusieurs mois. Dans ces conditions, mieux vaut être solidement ancré dans ses baskets.
À la maison, ce sont mes trois garçons âgés de six ans à sept mois qui assurent le niveau de « crise » permanent au sein de notre famille.
La crise d’être passés du côté obscur de la force en devenant parent, crise d’avoir osé la famille nombreuse (le nombre d’enfants dépasse maintenant le nombre d’adultes), crise de survivre à ce que signifie concrètement « être parent d’enfants en bas âge ».
Imagine :
le petit dernier pleure pour relâcher la fatigue et la tension de la journée (ou qui fait ses dents, ou on ne sait pas quoi encore). Le deuxième glisse la main dans son slip pour vérifier que c’est bien un caca qui vient d’y apparaître comme par magie (ça fait 13 mois qu’on apprend la « continence » avec lui… 13 mois !), et la ressort en se demandant où essuyer ce dont elle est tartinée. Et l’aîné appelle et appelle, persuadé qu’il est URGENT que nous venions tout de suite l’aider à se mettre en pyjama (vive la régression post-naissance de son petit frère).
Évidemment, j’ai oublié de décongeler la soupe pour notre dîner. Eh oui, je n’ai pas renoncé à leur faire avaler des légumes, quitte à ce que ce soit déguisé, mixé ou liquide. Je n’ai plus de slip propre pour le deuxième (celui avec le caca dans les mains, vous suivez toujours ?). J’ai oublié de rendre un papier urgent pour l’école. Et mon aîné me rappelle « gentiment » que les escaliers sont sales. C’est quoi déjà, un aspirateur ?
Tu comprends sans doute pourquoi je suis soulagée de retourner au boulot, de parler à des adultes, même en crise, de ne pas être interrompue toutes les deux minutes.
Je me sens presque légère de savoir qu’à la fin de la journée, je « pointe » et que je quitte mes patients, mes responsabilités. Bizarrement, quitter ses enfants, ignorer les appels de la crèche, ne pas penser à la liste de courses ni à la fameuse to do liste, c’est beaucoup moins facile.
Face à ce sentiment d’être toujours entre deux crises, que tu partages peut-être chère Fabuleuse, je te propose une prise de hauteur.
Qu’est-ce qu’une crise ?
C’est une réaction à un changement soudain ou à une situation perçue comme insurmontable. La crise est souvent le symptôme d’une souffrance sous-jacente, d’un besoin non satisfait, ou d’une difficulté à s’adapter à une nouvelle situation. Pour l’enfant, comme pour l’adulte, la crise est une manière de dire : « Je ne sais pas comment gérer cette situation, j’ai besoin d’aide. » Évidemment, tout l’enjeu est d’identifier le besoin sous-jacent et d’oser demander de l’aide.
- À quoi sert une crise ?
La crise, bien que désagréable, a une fonction essentielle. Elle sert de signal d’alarme. Elle nous envoie le message : « stop, il y a quelque chose qui doit changer » et sert de catalyseur qui pousse à la recherche de solutions. Elle peut donc avoir une conclusion positive, mais en attendant, comment « gérer la crise » ? Surtout quand elle semble permanente, dans nos vies à 1000 à l’heure.
- Petits conseils pour surmonter un état crise
- Rester calme et présent : dans le feu de l’action, il est essentiel de garder son calme. Ma réaction émotionnelle influence directement celui qui me fait face. Respirer en conscience, ralentir le rythme et prendre le temps d’évaluer la situation avant de réagir.
- Écouter et valider : la crise est l’expression d’une souffrance. Prendre le temps de se mettre à l’écoute des sentiments (les miens ou ceux de l’autre), valider les émotions présentes. « C’est normal que je me sente ainsi ». Et hop, un petit shoot de bienveillance ou d’autocompassion.
- Fixer des limites claires : il est souvent nécessaire de placer des balises, des repères. Cela peut passer par un rappel à soi-même ou à l’autre des règles de sécurité ou des limites.
- Poser des solutions ou des choix : pour retrouver un sentiment d’autonomie ou de contrôle, chercher des solutions concrètes et poser un choix, même tout petit : une microsieste de dix minutes dans la voiture devant l’école, ou un « Non, je ne serai pas maman déléguée de classe cette année ».
- Prendre du recul : une fois la crise passée, prendre le temps d’analyser ce qui s’est passé. Quel a été l’élément déclencheur ? Est-ce toujours le même ? (le manque de sommeil ? Le besoin de reconnaissance ?…). Comment pourrais-je faire autrement à l’avenir ?
- Chercher du soutien : basique, mais souvent oublié. « Il faut tout un village pour élever un enfant ».
« L’entre-deux crises »
À certaines périodes de notre vie, la crise nous sembler ne jamais avoir de fin. Une sorte d’état continu. Toutefois, comme la plupart de nos émotions, la crise est censée avoir un début… et une fin. Un peu comme les contractions de l’accouchement : ça monte et ça redescend. Les sages-femmes nous apprennent comment récupérer un maximum entre deux contractions, pour avoir à nouveau un peu d’énergie pour affronter la suivante, et la suivante, etc. Lorsqu’elles sont très rapprochées (les contractions ou les crises) ou quand on a l’impression que c’est en continu, il est important de trouver des mini-bulles d’air, pour tenir le coup dans le temps. Si on attend d’avoir un week-end entier à soi (avec au programme : manucure, massage, cours de yoga, balade à cheval sur la plage…) pour se dire que là on a eu notre bulle, ça risque d’être… jamais !
Autant te dire que je suis devenue une pro des « mini-bulles » :
- Lire une page de Gaston Lagaffe aux WC.
- Écouter un sketch de deux minutes de Florence Foresti, devant la grille de l’école.
- Respirer consciemment dix secondes entre deux rendez-vous de patients à l’hôpital.
- Savourer mes deux premières minutes au calme sous la douche avant qu’un de mes enfants crie à l’aide pour un bobo/une dispute/un besoin de pipi sur le petit pot/une envie de cracotte/un « où est passé ma gomme Pokémon ? ».
Il est salvateur d’identifier, à l’avance des très petites actions, à portée de main, dès que l’on a un « petit moment » pour soi. Pourquoi à l’avance ? Parce que « ce n’est pas dans la tempête que l’on apprend à nager ».
Et toi, c’est quoi tes « mini-bulles » ?
En bref, bien que douloureuses, les crises sont des phases inhérentes à la vie humaine. Il ne dépend que de nous d’apprendre à changer notre regard sur nos crises et à les considérer non comme des défaites, mais comme des étapes d’un processus de guérison et de croissance. Aux crises succèdent des moments de retour au calme, en attendant une prochaine crise. L’important c’est de respirer ! Ça va passer. Ça finira par passer. Comme pour les contractions 🙂
Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, Marie Tempels, maman de 3 garçons, psychologue et thérapeute familiale.
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