Anesthésies ordinaires - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Anesthésies ordinaires

Hélène Bonhomme 2 juin 2017
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S’apercevoir, consternée, que l’on joue à Candy Crush depuis plus de quinze minutes, alors que l’on était censée s’attaquer à l’immense tas de paperasse. Se réveiller sur Youtube, au beau milieu d’une vidéo de chats, et se demander ce que l’on peut bien faire là. Dépoussiérer machinalement la bibliothèque, alors que l’on est censée appeler un potentiel employeur. Constater avec étonnement que l’on est affairée à éplucher frénétiquement des pommes de terre, tandis que l’on était en pleine dispute conjugale… 

Ouvrir les yeux, au beau milieu de ses anesthésies ordinaires.

S’éveiller et remarquer ce que l’on est en train de faire, embourbée dans ses automatismes.

S’éveiller et remarquer les stratégies qui nous permettent de ne pas avoir à penser à ce que l’on ressent vraiment, ici et maintenant.

S’éveiller à tout ce qui nous distrait du cri étouffé de nos coeurs. Tout ce qui anesthésie nos émotions :

  • du shopping de fringues, de carnets ou de livres pour apaiser une angoisse,
  • une engueulade pour décharger la tension,
  • une sieste pour oublier la peur,
  • un verre de vin pour mettre un peu de distance avec une blessure,
  • un tour sur Facebook pour ne pas affronter une appréhension,
  • six heures de bénévolat pour racheter une erreur,
  • une dose d’inquiétude pour les autres afin d’éviter de penser à nos propres soucis,
  • un acharnement sur des détails pour faire taire un terrible sentiment de fragilité.

Apprendre à faire du vélo. Rouler, le plus vite possible, pour ne pas perdre l’équilibre. Arriver à destination, et réaliser que l’on n’a même pas pris le temps de regarder le paysage.

Courir. Comme Forrest. Mais pour aller où ? Et surtout, pour fuir quoi ?

Une fuite en avant.

On anesthésie ses émotions, ses doutes, ses craintes. Surtout ses craintes. Tentatives désespérées de ne pas se retrouver face à soi, à sa fragilité, ses espoirs manqués, ses choix ratés.

“Et si je découvrais que je ne suis pas heureuse ? Et si je découvrais que je dois changer mais que je n’en ai pas la force ? Et si je découvrais que je dois prendre la responsabilité de mon bonheur ?”

On ne peut changer que ce que l’on décide de voir

Refuser la péridurale, prendre conscience de son ressenti, y poser son regard, reprendre contact avec ses émotions, ses rêves, ses défaites… Pour enfin chercher sa voie, trouver sa voix, avancer pas à pas, faire des essais, faire des erreurs… Mais surtout ne plus fuir.

On ne peut changer que ce que l’on décide de nommer

Comme cet éleveur de porcs, soulagé d’être enfin capable de mettre un nom sur le mal mystérieux qui évince son troupeau depuis des mois :

“Je n’aime pas beaucoup ça, ni le fait que ça semble quasiment impossible à éradiquer, mais tu sais quoi ? Je suis étrangement heureux. Dieu est bon. Rien que de mettre un nom… Rien que de mettre un nom. Quand on n’arrive pas à mettre un nom sur les choses, on est hanté par des ombres. Ça fait vieillir. Mais quand on peut donner un nom à quelque chose… Donner des noms, c’est le paradis.” Ann Voskamp, Mille cadeaux

Je suis Adam, qui transforme une foule grouillante de créatures indéfinies en un jardin zoologique cohérent.

Comme Adam, ma première tâche consiste à nommer les géants tapis derrière mon anesthésie :

  • “Ces chips, c’est de l’anxiété.”
  • “Cette heure de ménage, c’est du perfectionnisme.”
  • « Ces pleurs, c’est : quand serai-je assez bien pour toi ? »
  • « Cette sieste, c’est : j’aimerais tant que l’on me prenne dans ses bras pour être consolée. »
  • “Cette nouvelle robe, c’est : j’ai envie que quelqu’un s’assoie à côté de moi pour dire que tout ira bien. »
  • “Ce statut Facebook, c’est : j’ai envie qu’on me plaigne.”
  • “C’est : j’ai envie d’apaiser ma vulnérabilité avec trois cafés, deux beignets aux pommes et dix vidéos de chats.”
  • “C’est : j’ai envie d’apaiser mes incertitudes avec cette tablette de chocolat.”

Nommer.

Pour ne plus ignorer cette petite voix, pour ne plus noyer l’angoisse dans un mojito, pour ne plus fuir les questions existentielles dans le travail, ne plus manquer l’opportunité de les regarder en face.

Nommer. Et voir le ballon de baudruche se dégonfler.

Ce texte est un extrait de mon nouveau livre : C’est décidé, je suis fabuleuse – Petit guide de l’imperfection heureuse. Pour le découvrir, c’est par ici :



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Cet article a été écrit par :
Hélène Bonhomme

Fondatrice du site Fabuleuses au foyer, maman de 3 enfants dont des jumeaux, Hélène Bonhomme multiplie les initiatives dédiées au bien-être des mamans : deux livres, deux spectacles, quatre formations, la communauté du Village, une chronique sur LePoint.fr et un mail qui chaque matin, encourage plusieurs dizaines de milliers de femmes. Diplômée de philosophie, elle est mariée à David et vit à Bordeaux.

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