adelin

Mon nom est Adelin

6 NOVEMBRE 2012, 9h18

Nos pas résonnent dans le silence de ce matin blanc, comme une musique sur les pavés de la rue déserte. Les feux des lampadaires forment de petites étincelles qui peinent à percer dans le brouillard. Nous nous laissons guider par la lueur fragile de cette guirlande INFINIE qui borde la chaussée.
L’air EST humide. Je réajuste la lanière de mon sac de cuir et resserre mon manteau sur mes épaules engourdies. J’ouvre brièvement ma sacoche et constate, soulagé, que mon précieux chargement a résisté au froid.
NOTRE petit cortège débouche bientôt sur la grand-place ; l’odeur du pain chaud s’échappe des fourneaux voisins. Après avoir contourné le monceau de bois débardé la veille par les manutentionnaires, nous prenons soin d’enjamber le ciment fraîchement coulé sur le parvis, et empruntons avec JOIE les escaliers tout neufs qui mènent à la tour. Pendant l’ascension, mes doigts effleurent tendrement les blocs de grès assemblés en colimaçon.
Je débouche sur la plateforme qui soutient la tour. DE là, je grimpe sur l’échafaudage, dont les piliers de bois sont fixés aux planches par ces solides cordes à noeuds qui VOUS font penser que vous êtes à bord d’un navire marchand. Avant de défaire la bandoulière de cuir, je m’arrête un instant pour observer la ville endormie. Quelques cheminées commencent à fumer, comme pour ANNONCER l’arrivée prochaine du jour. Derrière le rideau de buée qui s’échappe de mes poumons, les guirlandes de lampadaires forment une constellation d’étoiles.
Lorsque jadis, LA colline était couverte d’une forêt impénétrable, chacun de ces points lumineux n’était encore qu’un rêve lointain. Aujourd’hui, notre cité est une constellation de destins transformés. Je songe avec satisfaction aux milliers des rescapés, esclaves, mendiants ou orphelins, pour qui la NAISSANCE de cette cité impériale a été le commencement d’une vie nouvelle.
Tandis que le brouillard se dissipe, le soleil se lève timidement sur la pierre rose et froide. Bientôt, l’ardeur du jour viendra réchauffer mes mains. La rumeur des passants fera taire le silence du petit matin, et le vacarme d’un jour de marché viendra détrôner le calme majestueux qui règne encore sur la ville. De nouveaux blocs DE grès seront transformés pour toujours au rythme assourdissant des maillets qui frapperont les ciseaux.
Je défais soigneusement la lanière de cuir et, avec précaution, je sors la petite cage de mon sac. J’ouvre doucement le loquet en acier. Posé sur ma main, le frêle animal me laisse contempler son col d’argent, qui brille comme du velours. Je tire une dernière fois sur la cordelette, pour vérifier que le pli est bien accroché à sa patte gris perle. Puis, je confie au vent d’ouest NOTRE oiseau et son message.
Il y aura encore des brèches à combler, des portes à réparer, des tours à rebâtir. Nous, les FILS de la cité, nous nous battrons pour construire et protéger l’édifice dessiné par le grand architecte.
Mon nom est ADELIN, et la bonne main de mon Dieu est sur moi.

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