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Entretien avec les fondateurs du skatepark Liberty Planet

Jürg et Esther Peter sont les fondateurs et gestionnaires de Liberty Planet, un espace de loisirs de 650 m2 implanté dans le complexe Vitabox. On y trouve un skatepark indoor, le rendez-vous de tous ceux qui aiment le freestyle. Il est ouvert à tous les adeptes de skate, de rollers, de trottinettes et de vélos BMX. Dans le même hall, le funpark est un espace de jeux avec structure de grimpe, piscine à balles et toboggan pour les petits, trampolines, baby-foot, carpet ball, table de ping-pong et snack pour les petits creux. Rencontre avec une famille hors du commun !

Je vous laisse vous présenter ?

Je m’appelle Jürg, un prénom très Suisse ! Je suis originaire de Suisse allemande et j’ai grandi à Genève, où plus tard j’ai rencontré Esther qui allait devenir mon épouse. J’ai fait une formation commerciale au sein d’une compagnie d’aviation suisse, pour laquelle j’ai travaillé pendant 9 ans. Esther a grandi en Suisse allemande, où elle a fait l’école d’infirmière. Aujourd’hui nous vivons à Volgelsheim, dans le Haut-Rhin.

Qu’est-ce qui vous plaît en France ?

Jürg : Les gens nous avaient dit que l’Alsace, ce n’est pas vraiment la France (rires)… Mais on a quand même vécu un beau choc culturel, quand on a débarqué à Mulhouse en 1994. A commencer par votre Education Nationale, qu’on a parfois bien du mal à saisir en tant que Suisses !

Esther : Aujourd’hui ce qui me plaît ici, c’est que les gens sont ouverts à chercher des solutions, des possibilité. En Suisse, il n’y a jamais place pour les combines. Si c’est non, c’est non ! En France, on s’est rendu compte qu’après un premier refus, on peut toujours garder la relation, revenir vers la personne et au final trouver une solution.

Quand avez-vous rêvé de Liberty Planet pour la première fois ?

Jürg : Après notre mariage, nous nous sommes formés à Saint-Légier pour devenir pasteurs. Un jour, un professeur nous a demandé si nous avions un rêve, sans tenir compte des possibilité financières ou matérielles. Pour nous, le rêve a toujours été de travailler en France et parmi les jeunes. Ce jour-là, on a répondu que ce serait génial d’avoir une place de jeux couverte, un lieu de rencontre pour les parents, pendant que les enfants jouent. Après, l’idée nous a accompagné : avec nos quatre enfants, parfois quand ils étaient intenables dans le salon et qu’il pleuvait dehors, on s’imaginait un endroit couvert où ils pourraient s’amuser. Sachant qu’à l’époque il n’existait encore aucun lieu comme Okidoc, TubiTuba ou FunCity, l’idée était assez innovante !

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Combien de temps avez-vous attendu pour voir ce rêve se réaliser ?

Jürg : en fait on n’a pas vraiment attendu. Pour nous, ce n’était pas concret, c’était une simple réponse donnée à un prof…

Esther : 15 ans se sont écoulés entre le moment où on a parlé pour la première fois d’une aire de jeux couverte et le moment où un skatepark nous est “tombé du ciel” !

Comment est-ce que l’aventure a commencé ?

Jürg : En août 2005, après un séjour au lac de Garde où on avait rencontré le gestionnaire d’un skatepark, on a appris qu’il y avait dans le village des parents d’Esther un skatepark en attente de repreneur. Je suis allé voir le responsable au culot. 15 jours après, on nous a offert ce matériel, d’une valeur de 80 000 euros, à la seule condition qu’on se charge nous-mêmes de son démontage, pour débarrasser les lieux.

Esther : ce n’était pas une mince affaire ! Il y avait des tonnes de choses à démonter, littéralement ! Avec une vingtaine d’amis et “d’amis d’amis”, tous des gens qualifiés qui nous ont soutenu bénévolement alors que pour certains, nous ne les connaissions même pas, nous avons rempli 2 semi-remorques de matériel ! Pour nous, ça a été un vrai miracle.

Jürg : Et ce n’était que le début des miracles. Nous avons ensuite mobilisé une équipe, créé une association, visité plein de structures type skatepark pour chercher de l’info, trouvé des financements et surtout un lieu assez grand pour accueillir nos rampes immenses ! Cette phase a duré 3 longues années.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous motive à faire fonctionner Liberty Planet jour après jour ?

Esther : Les gens ! Je pense à un petit garçon, dont la maman nous avait dit qu’il avait un blocage au niveau de la parole. Comme beaucoup d’autres parents, elle fait beaucoup de kilomètres pour emmener son enfant ici. L’autre jour, cette maman nous a dit que son fils a retrouvé la parole depuis qu’il vient à Liberty Planet ! Cela va de paire avec un suivi orthophonique, mais je suis persuadée que ces énormes progrès viennent aussi du fait que ce garçon se sent en confiance ici, avec des adultes qui lui parlent autrement. Les gens disent qu’ici c’est différent, qu’il y a une autre ambiance. Il y a aussi une maman veuve, qui a l’habitude de venir avec 3 de ses enfants. Elle dit que Liberty Planet est sa nouvelle famille, qu’elle a trouvé au skatepark une nouvelle attache et qu’elle est en train de se reconstruire. On est vraiment là pour écouter les gens. Tous les bénévoles sont là pour être à l’écoute.

Il y a aussi cette petite fille handicapée moteur. Parfois, on fait évacuer les rampes pour qu’elle puisse avoir une minute juste pour elle. Jürg passe dans les rampes avec elle dans sa chaise roulante, elle est toute contente. Tout cela me motive à continuer !

Jürg : Ce qui nous a motivé depuis le début, c’est de partager le trésor que Dieu a mis dans nos cœurs : son amour, sa joie, sa paix, sa vie. A travers nos contacts, nos relations, notre écoute, nos conseils, nous pouvons vivre et partager le bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour chacun de nos visiteurs, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes.

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Est-ce que les non-skaters sont les bienvenus ?

Jürg : bien sûr ! On a plusieurs trampolines pour enfants et adultes, un babyfoot, des jeux de société… Ainsi que des barbes à papa, des crêpes excellentes et le meilleur café de la région ! C’est une idée de sortie pas chère et surtout, qui permet aux famille d’être ENSEMBLE. C’est ce qu’on voulait absolument mettre en place. Quand ils viennent juste accompagner les enfants, les parents ne paient rien. C’est gratuit aussi pour les tout petits. Notre but n’est pas commercial, il est social et familial. Je crois que c’est merveilleux quand les parents vivent des vrais temps de loisirs AVEC leurs enfants. Ici, ce n’est pas une garderie ! Mais plutôt un endroit où les enfants peuvent être fiers de montrer ce qu’ils savent faire et heureux d’être applaudis par papa et maman ! Pour moi, c’est très important aussi qu’on soit un lieu transgénérationnel, où les grands-parents viennent avec leurs petits enfants. On ne cherche pas à tout prix à favoriser la culture du skate.

Liberty Planet, ça change quoi pour la région ?

Jürg : ça change tout ! (Rires) Les gens disent : on ne sait pas comment on faisait avant !

En trois ans, on a eu 22 000 entrées. Même les nounous se donnent rendez-vous ici, car il n’y a rien dans la région où elles peuvent sortir avec les enfants qu’elles gardent.

Esther : Je crois que c’est un lieu où il y a un autre esprit. Tout est tellement brassé avec des ethnies, religions, arrière-plans sociaux très différent. C’est un endroit différent de tout ce que les gens connaissent. Un endroit où les gens sont sûrs de passer un bon moment !

Un petit mot pour les fabuleux et les fabuleuses ?

Qui vous êtes, en tant que parent, a une valeur inestimable. Vos enfants aiment être avec vous. N’ayez pas peur de créer des moments pour être ensemble…

Avis aux parents alsaciens : ne manquez pas Kidsgames 68, le centre aéré à Liberty Planet ! du 27 au 31 juillet 2015.

 

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  • Myriam

    quelle fabuleuse idée !! pour moi c’est un peu loin mais cela donne envie. Comme quoi il faut toujours garder au fond de son coeur et quand c’est le moment tout découle