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Histoire d’aéroport

En toute hâte, je descends de l’avion et traverse la piste en suivant la farandole des voyageurs, guidée par le son de leurs valises à roulettes.

Je sais qu’il n’est pas loin.  Avec un peu de chance, je pourrai l’apercevoir avant qu’il n’embarque à son tour.

Il décolle pour Londres dans une vingtaine de minutes. Pourvu qu’il n’ait pas encore embarqué, pourvu que je puisse le voir. Juste un peu.

Il est là, quelque part. Mon Hugh Grant à moi. Je me plonge dans l’une de ces scènes idiotes ou les tourtereaux n’ont qu’une envie : se retrouver. Sauf que le monde entier s’est ligué contre eux. Et que pour obtenir un seul face à face, ils devront se battre.

Valise à la main, je passe devant une baie vitrée. La vitre est teintée, mais il m’a semblé apercevoir quelque chose bouger. Une main. C’est lui ! Il m’a vue, il m’appelle !

Je tente de m’approcher. Je ne sais pas vraiment ce que j’attends. Un regard, sourire, un signe. Juste de quoi patienter encore quelques jours, avant de pouvoir enfin être avec lui.

Je replonge quelques années en arrière, quand on était tout jeunes et tout excités de pouvoir s’apercevoir, même de loin. Je reviens à la réalité, car je suis arrêtée par un vigile tout de orange vêtu, qui me fait signe de continuer mon chemin en direction du poste de douane.

Ironie des aéroports, qui rassemblent des gens de toutes nations dans leurs murs, mais qui les séparent, les compartimentent dans des files de douane, des checks points, des salles d’attente, des portes d’embarquement.

Je fais mon plus beau sourire au vigile et je lui explique je viens d’arriver de Londres, que cette main qui s’agite derrière la vitre, c’est mon mari, qu’on ne s’est pas vus depuis plusieurs jours et qu’on ne se verra pas avant plusieurs jours, parce qu’à son tour, il va bientôt embarquer pour Londres. Que c’est trop dommage de se croiser sans pouvoir se parler.

« C’est beau l’amour ! », qu’il me dit, le vigile.

J’ajoute que j’aimerais juste m’approcher de quelques mètres pour déjouer les reflets du soleil sur cette maudite vitre teintée, et faire un gentil coucou à mon mari. Ce ne sera pas long, évidemment. « Je peux ? »

« Non. »

Dépitée, je prends une photo de la vitre teintée, je récupère ma valise à roulettes, je passe la douane et je rentre chez moi. (Plus tard, j’apprendrai que Monsieur prenait une photo au même moment. Voir ci-dessus.)

Je ne l’aurai pas vu. Je l’aurai juste deviné, derrière la vitre teintée.

Mais c’est pas grave. Il n’y a pas d’amour sans suspens. Il n’y a pas de Julia Roberts sans adversité.

Voilà, c’est tout. Aucun rapport avec les Fabuleuses au foyer. Je pourrais essayer de trouver une moralité débile du style « Révéler la Fabuleuse cachée derrière une vitre teintée » mais je préfère plaider coupable. Un peu de romantisme n’a jamais tué personne.

 

 

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  • Emilie

    Méchant vigile !!!!

    Quand Eli est rentré du Canada, avec son Grand-Père, le douanier nous a demandé de sortir….. Il voulait savoir ce qu’ils ramenaient du Nouveau-Monde comme cadeaux, et nous laisser la surprise 🙂

    Peut-être que le vigile comprendra un jour ce qu’est l’Amour ?

  • Helene BONHOMME

    Rhô ça c’est un douanier humain ! Trop fort, quelle chance !
    En ce qui concerne mon vigile, j’espère que dans la vraie vie il a un coeur^^